Consom’action – Sortir son ordinateur de prison grâce aux logiciels libres

Je vous propose aujourd’hui mon premier article de la catégorie Consom’action concernant une chose qui a une part de plus en plus grande dans nos vies : l’informatique.

Cet article présente une nouvelle façon d’envisager cette technologie, différente, plus responsable, plus éthique et plus sûre aussi.

Il nous parle aussi de la façon scandaleuse dont celle-ci s’est transformée de science en partage à une machine à faire de l’argent. Il nous donnera également, en plusieurs articles, les solutions pour sortir nos ordinateurs de ces carcans.

Par exception à l’ordinaire, ce n’est pas moi qui ai rédigé cet article mais un informaticien professionnel. Je le remercie beaucoup pour sa contribution.

Sortez votre ordinateur de prison avec le logiciel libre

Peut-être faites-vous partie de ces personnes qui n’ont jamais connu que Microsoft Windows sur PC, ou Mac OS sur Apple Macintosh, et qui considèrent qu’il en a toujours été ainsi.

Peut-être même pensez-vous qu’aujourd’hui encore, sur un PC ou un Mac, on ne peut trouver que Windows ou Mac OS et que quand ceux-ci sont déjà installés sur un ordinateur neuf, c’est normal car il n’y a pas moyen de faire autrement.

Peut-être croyez-vous, ou connaissez-vous des personnes qui croient, qu’un bon logiciel est forcément un logiciel payant.

Peut-être vous êtes-vous laissés dire qu’il est normal d’acheter un logiciel et que les logiciels gratuits ne sont tous que des « freewares » moins performants ou des versions d’essai.

Peut-être vous a-t-on inculqué qu’il est strictement illégal de télécharger ou copier un logiciel pour l’offrir à un ami. Sans parler de le modifier soi-même pour l’adapter à ses besoins.

Et bien sachez que tout ceci est complètement faux, de même que bien d’autres idées reçues sur l’informatique et les logiciels.

En fait, si vous tenez un seul de ces énoncés pour vrai, c’est que vous avez été victime du marketing de Microsoft et d’Apple ainsi que de leur puissant lobbying s’étendant sur plusieurs décennies. Ou bien encore que vous êtes l’un des innombrables dommages collatéraux de la pression normative sociale qui découle d’une adoption massive et irraisonnée de ces soi-disant « solutions » avec tout leur écosystème logiciel.

Mais pourquoi en serait-il autrement ? C’est en effet tout le grand tableau de l’histoire informatique  et de l’étendue des possibilités actuelles dans ce domaine, que les milliards de dollars investis par ces sociétés en marketing et en accords commerciaux divers ont servi et servent encore à masquer.

Cet article a pour but de contribuer à lever le voile épais qu’elles ont fabriqué et qui occulte au grand public la situation réelle du domaine informatique. Peut-être avez-vous déjà vu la série de films Matrix. Et bien ce n’est pas un hasard si le détournement du réel qu’elle nous présente est lié à une simulation informatique. Car, toutes proportions gardées, l’informatique que vous croyez connaître est une forme de « Matrice » au sens du film, à savoir une considérable illusion.

Pour le comprendre, et découvrir de quoi il retourne exactement de nos jours, nous allons devoir faire un petit détour historique, tout comme le fait le personnage de Morphéus avec Néo dans le premier Matrix.

L’analogie s’arrêtera heureusement là, car vous n’aurez pas à avaler de pilule rouge, ni passer par une expérience plus désagréable qu’une lecture qui, nous l’espérons, vous permettra d’y voir un peu plus clair sur ces questions et d’agir ensuite en conséquence, en votre âme et conscience.

Historiquement et sémantiquement parlant l’informatique c’est quoi ? Et bien ce n’est ni plus ni moins qu’une science. La science du traitement automatique de l’information, notamment par des ordinateurs.

Or la pratique scientifique, quelle que soit la discipline, veut que les découvertes et avancées soient partagées avec la communauté des pairs afin que ceux-ci puissent y apporter un regard critique et d’éventuelles corrections ou améliorations. Il s’agit de faire progresser la connaissance.

L’idée à retenir c’est donc que la connaissance, pour se développer efficacement, a besoin d’être partagée librement et divulguée ensuite au plus grand nombre par l’éducation.

La rendre systématiquement payante ou en verrouiller la propagation par des brevets et des contrats de licence ne ferait que la freiner, voire même pourrait finir par la rendre inopérante. Aurait-on idée par exemple de faire payer l’accès au théorème de Pythagore ? De déposer un brevet dessus ? D’interdire d’en expliquer le principe ou même de l’écrire et de l’étudier ?

Ainsi, lorsque l’informatique s’est développée, seule la vente de matériel constituait une source de revenus. Le logiciel était affaire de scientifiques et de spécialistes qui échangeaient librement leurs programmes, en toute tranquillité et liberté. Un informaticien pouvait étudier le code source écrit par un confrère et y apporter des corrections qu’il partageait avec lui et avec qui il le souhaitait, comme il le souhaitait. Le logiciel, la programmation, c’était avant tout un savoir, une ressource accessible à tous sans contraintes.

C’est alors que la donne se mit à changer dans les années 70, lorsque certaines sociétés eurent l’idée de vendre des copies de logiciels tout en y apposant un copyright et des licences plus ou moins restrictives qui interdisaient certains usages, jusque là tout à fait courants et autorisés.

La suite, vous la connaissez ou du moins vous pensez la connaître. Tout un tas de sociétés se sont mises à vendre du logiciel, ou plus exactement des copies de « leurs » logiciels accompagnées d’un contrat de licence (que comme tout contrat interminable et rédigé en quelque dialecte juridico-technique abscons, quasiment personne ne prend jamais la peine de lire).

Ce fut ensuite l’avènement de Microsoft et dans une moindre mesure d’Apple qui se mirent à vendre leurs propres machines et/ou systèmes d’exploitation (le logiciel qui sert à « faire fonctionner » votre ordinateur) en éliminant systématiquement tout le reste de la concurrence (Commodore, Atari, Amstrad, etc.).

Mais prenons le temps de zoomer un peu sur l’Histoire et de revenir à ce moment crucial où le logiciel est passé d’un savoir totalement ouvert et librement accessible, rarement payant, à une simple marchandise verrouillée, brevetée et packagée.

Dans un laboratoire du Massachusetts Institute of Technology (MIT), un jeune programmeur de systèmes d’exploitation, Richard Stallman, se trouve un jour confronté au refus d’un de ses confrères de lui fournir l’accès au code source nécessaire au développement d’un pilote d’imprimante ; ceci pour des raisons juridiques subitement imposées par le fabricant de la machine : Xerox.

Voyant venir ce qui allait devenir la future « norme » du développement de l’informatique, à savoir des logiciels marchands et verrouillés, Richard Stallman se mit à développer un système d’exploitation et des applications librement accessibles. Plus tard, dans les années 80, avec l’aide d’un ami avocat du nom d’Eben Moglen, il décida de jeter les bases de ce qui allait devenir le « logiciel libre ».

L’idée fut de prendre le contre-pied du copyright et de créer une licence (dite « copyleft ») qui autoriserait tout ce que l’encombrant copyright interdisait par défaut. Ainsi naquit la General Public License (GPL) qui s’appliqua aux logiciels libres.

Pour éviter d’alourdir inutilement le présent exposé, nous invitons le lecteur à se référer aux excellents articles de Wikipédia traitant en détail de ces questions :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Logiciel_libre

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_logiciel_libre

L’idée principale à retenir dès à présent, c’est qu’il existe des logiciels que l’on appelle logiciels libres et qu’ils sont ainsi nommés car la licence sous laquelle ils sont publiés offre à l’utilisateur la possibilité de jouir de quatre libertés fondamentales (numérotées de 0 à 3) :

0 – la liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages ;

1 – la liberté d’étudier le fonctionnement du programme et de l’adapter à ses besoins ;

2 – la liberté de redistribuer des copies du programme (ce qui implique la possibilité aussi bien de donner que de vendre des copies) ;

3 – la liberté d’améliorer le programme et de distribuer ces améliorations au public, pour en faire profiter toute la communauté.

On peut donc exécuter, modifier, copier et redistribuer un logiciel libre comme on le souhaite, pourvu qu’il soit accompagné de sa licence et que les éventuelles modifications soient redistribuées sous la même licence (garantissant ainsi la propagation des quatre libertés).

Vous connaissez et utilisez certainement déjà quelques logiciels libres et ceci, peut-être, sans le savoir.

Les plus connus sont par exemple Mozilla Firefox, Mozilla Thunderbird, OpenOffice.org (qui existe toujours mais dont l’évolution naturelle est plutôt LibreOffice) ou bien encore le logiciel de retouche d’images Gimp. Il y a aussi MediaWiki qui fait marcher l’encyclopédie libre Wikipédia.

Ces logiciels remarquables sont accessibles gratuitement, téléchargeables et re-distribuables en toute légalité sans restrictions car ce sont des logiciels libres. La nuance est importante par rapport à un logiciel dit « freeware » dont la licence n’offre pas toutes les libertés du logiciel libre et dont le code source est le plus souvent inaccessible (ce qui peut en faire un malware ou limiter certains usages).

Si vous n’aviez pas connaissance de la notion de logiciel libre jusqu’à présent et que tout ceci est nouveau pour vous, vous utilisez probablement certains de ces logiciels sous un environnement Windows ou Mac OS (peut-être même Android) et vous vous demandez ce que ça change d’utiliser du logiciel libre.

Comme vous l’aurez sans doute compris par vous-mêmes, cela change déjà le prix des licences qui est nul. Il n’est ainsi pas négligeable de pouvoir bénéficier d’une suite bureautique correcte ou d’un bon logiciel de retouche d’images sans avoir à dépenser le moindre sou. À l’échelle d’une entreprise ou d’un pays, cela peut même avoir des implications considérables. Pensez-y.

Mais ce que cela change aussi, c’est que la nature même de ces logiciels libres est garante de leur efficacité. Parce que leur code est ouvert et librement modifiable, de nombreux informaticiens (plus exactement des développeurs) passionnés à travers le monde peuvent les améliorer rapidement, en corriger les moindres failles avec bien plus d’efficacité que chez leurs concurrents directs : les logiciels dits propriétaires (que les tenants du libres les plus puristes nomment aussi logiciels privateurs). De fait, le logiciel libre est souvent mieux sécurisé.

Il existe beaucoup de logiciels libres pour tous les usages. Si vous voulez les découvrir, vous êtes invités à visiter l’annuaire francophone de référence des logiciels libres qu’est Framasoft :

http://www.framasoft.net

Cela dit, lorsqu’on parle de logiciel, on en oublie souvent l’un des plus essentiels dont nous avons parlé plus haut : le système d’exploitation.

Les différentes versions de Microsoft Windows et de Mac OS sont des systèmes d’exploitation. Ce sont des logiciels privateurs.

Leur version boîte est payante et coûte relativement cher. Et lorsqu’ils sont déjà installés sur un ordinateur neuf, ils ne sont pas gratuits non plus. Ils sont juste un peu moins chers mais intégrés au prix global de l’ordinateur, le plus souvent sans que le consommateur ait la moindre visibilité sur la question. On appelle cela la « vente liée », c’est à dire le fait de subordonner l’achat d’un bien (ici l’ordinateur) à celui d’un service (l’installation du système d’exploitation).

Le croirez-vous ? La vente liée a longtemps été illégale en France et même dans toute l’Europe. Mais grâce à un efficace travail de lobbying, ni Microsoft, ni Apple, ni les revendeurs qui ne vous informent pas sur la question ne furent inquiétés. Et, curieusement, la loi a fini par changer pour que la pratique ne soit plus considérée comme illicite…

On peut se demander l’intérêt qu’il y aurait à obliger les vendeurs d’ordinateurs à vous livrer un ordinateur nu, sans système d’exploitation. Ou à vous permettre, sur un PC neuf avec un système d’exploitation déjà installé, de retirer ce système ou de vous le rembourser, moyennant le fait de ne pas vous en fournir la clé d’installation.

L’intérêt est le suivant : vous laisser la liberté d’installer le système d’exploitation de votre choix sur votre machine toute neuve.

Supposons par exemple que vous ayez acheté un PC portable avec Windows 7 et que vous disposiez du CD d’installation du système. Le PC est garanti deux ans et, malheureusement, il tombe en panne peu de temps après la fin de ladite garantie. Avec la vente liée vous allez sûrement devoir racheter un PC portable déjà équipé de Windows 8. Or l’interface de Windows 8 ne vous plaît pas et vous étiez peut-être très content de votre Windows 7, dont vous avez le CD et que vos voudriez bien pouvoir installer sur votre nouvelle machine. Sans la vente liée, cela serait possible.

Il existe heureusement de bons vendeurs d’ordinateurs qui ne pratiquent pas la vente liée. Une liste est maintenue et proposée par l’Association Française des Utilisateurs de Logiciels libres (AFUL) et vous pouvez la consulter à cette adresse :

http://bons-vendeurs-ordinateurs.info/

Oui mais, direz-vous, pourquoi cette association œuvrant en faveur du logiciel libre me propose-t-elle une telle liste si c’est juste pour me permettre de garder mon Windows sur mon futur PC ? Après tout, Windows est bien un logiciel privateur non ? Je ne comprends plus !

Ce serait effectivement une bonne question. Merci de l’avoir posée ! 🙂

Comme vous vous en doutez peut-être, et comme nous l’avions aussi évoqué plus haut, il existe des systèmes exploitation libres et notamment celui développé par Richard Stallman, avec la contribution du développeur suédois Linus Torvalds qui en a développé le noyau. Ce système s’appelle GNU/Linux et la plupart de ceux qui en ont entendu parler le connaissent plutôt sous le nom de « Linux » tout court.

Il est donc possible de disposer sur son PC d’un système d’exploitation libre complet, moderne, puissant, sécurisé et qui fait parfaitement marcher un très grand nombre de logiciels libres. Tout ceci gratuitement.

C’est à partir de là que l’on sort véritablement de la Matrice et qu’on se rend compte de l’énorme esbroufe des sociétés qui vendent très cher du logiciel, c’est à dire un ensemble d’algorithmes basés sur de la connaissance et qui coûtent quasiment zéro à copier pour eux avant de distribuer ces copies.

Ces logiciels privateurs (en réalité une copie avec licence d’utilisation), parfois mal foutus, vous sont vendus plutôt que de vendre du service autour du logiciel lui-même. À l’opposé de ce modèle économique aussi artificiel qu’archaïque, d’autres sociétés offrent le logiciel (qui est libre) et vous vendent du service (maintenance, formation, adaptation du logiciel à vos besoins…). Ce sont les Sociétés de Services en Logiciels Libres (SSLL).

À titre d’information, à l’heure de la crise et des déficits publics dont les médias nous rebattent les oreilles et qui justifient de nombreuses mesures d’austérité, dont les citoyens les plus fragiles paient le prix fort, le coût des licences Microsoft est estimé pour la France à 1 milliard d’euros minimum comme le montre l’étude suivante :

http://pjarillon.free.fr/redac/ms-cout.html

Tout ceci alors que de nombreuses versions de GNU/Linux très performantes pourraient être installées gratuitement à la place, ou pour un coût bien moindre qui représente autant d’argent qui resterait en circulation dans l’économie française.

Alors, êtes vous prêts à sortir votre ordinateur de sa prison et à l’accompagner au passage ?

Nous l’espérons de tout cœur car le logiciel libre et GNU/Linux vous tendent les bras.

Dans un prochain article, nous vous parlerons plus en détail de ce système d’exploitation libre. Voir l’article GNU/Linux un système d’exploitation libre et gratuit pour nos ordinateurs.

Cédric pour Mélanie – My Original Nature

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